La règlementation européenne vient d’obliger Google à faire quelque chose que la concurrence du marché n’avait pas réussi à obtenir : partager son château fort.
La Commission européenne, au titre du Digital Markets Act (DMA), ordonne à Google d’ouvrir Android aux assistants IA concurrents — ChatGPT, Perplexity, et d’autres — et de partager ses données de recherche avec ses rivaux. Confirmé par CNET, HotHardware et ProPakistani, c’est l’une des injonctions les plus significatives de l’ère DMA.
Le double verrou de Google
Google détenait jusqu’ici deux avantages structurels que personne d’autre ne pouvait répliquer. Le premier : Android, installé sur plus de 70 % des smartphones mondiaux, avec Google Search et Google Assistant préinstallés et favorisés par défaut. Le second : les données de recherche — des décennies d’interactions utilisateur qui rendent les résultats Google meilleurs que ceux de n’importe quel concurrent parti de zéro.
Le DMA attaque les deux à la fois. L’obligation d’ouvrir Android signifie que des IA comme ChatGPT pourront être intégrées plus facilement comme assistants par défaut, sans les frictions techniques que Google imposait jusqu’ici. Le partage des données de recherche est encore plus radical : c’est forcer Google à partager la matière première de son avantage concurrentiel.
Ce que ça change concrètement
Pour un utilisateur Android ordinaire, l’impact immédiat sera limité. La plupart des gens ne changent pas leur assistant vocal par défaut, même quand ils en ont la possibilité. Mais pour les développeurs d’IA — OpenAI, Anthropic, Perplexity — l’accès facilité à Android et aux données de recherche Google est potentiellement transformateur. Moins de friction dans la distribution, plus de signal de qualité pour améliorer leurs propres modèles.
Les limites de l’injonction
Ce type de décision réglementaire prend du temps à produire ses effets. Google respectera la lettre de la loi tout en cherchant à en minimiser l’esprit — c’est son droit et son intérêt. Les détails d’implémentation (quelles données, dans quel format, à quelle fréquence) seront le vrai champ de bataille. Et Google a suffisamment d’avocats et de lobbyistes pour transformer chaque point technique en négociation pluriannuelle.
Ce qui reste vrai : pour la première fois, une autorité de régulation a contraint Google à baisser le pont-levis. Ce que ses concurrents en feront reste à démontrer.
