Romain Spitzer dirigeait le LVMH Fragrance Group — la structure qui chapeaute les parfumeries des grandes maisons du groupe : Louis Vuitton Parfums, Givenchy Parfums et d’autres. Il prend maintenant la direction générale de Bottega Veneta chez Kering. Ce mouvement, lu du point de vue de la parfumerie de prestige, révèle quelque chose d’important sur la façon dont les conglomérats du luxe recrutent aujourd’hui.
La parfumerie comme école de direction du luxe
Ce n’est pas un hasard si un directeur de la parfumerie est recruté pour diriger une maison de mode-maroquinerie. La parfumerie de prestige est, dans l’industrie du luxe, un secteur particulièrement exigeant en termes de gestion de marque. Elle demande de maîtriser simultanément : le branding émotionnel (un parfum est une promesse abstraite, pas un produit fonctionnel), la distribution sélective à l’échelle mondiale, la collaboration avec des prestataires créatifs externes (les maisons de composition, les parfumeurs), et la gestion de longues franchises dont la valeur s’est construite sur des décennies.
Ces compétences sont directement transposables à la direction d’une maison comme Bottega Veneta, dont la valeur repose entièrement sur la construction de marque long terme, la cohérence de positionnement, et la relation avec un public de connaisseurs.
Ce que LVMH perd
Le LVMH Fragrance Group est une division stratégique — discète mais rentable. Les parfums Louis Vuitton notamment, lancés en 2016 sous la direction de Jacques Cavallier-Belletrud comme parfumeur en chef, ont connu une montée en puissance rapide et représentent aujourd’hui un pilier du portefeuille beauté et parfumerie de LVMH.
Perdre le directeur général de cette division au profit d’un concurrent direct — Kering — n’est jamais anodin. Cela signale soit une insatisfaction interne, soit une opportunité externe irrésistible, soit une reconnaissance par le marché que les compétences de Spitzer ont une valeur qui dépasse le seul cadre de la parfumerie.
Ce que l’industrie de la beauté et parfumerie observe
Pour l’industrie de la parfumerie de prestige, ce mouvement confirme que les frontières entre les divisions luxe — parfumerie, mode, maroquinerie — sont plus poreuses qu’elles n’y paraissent. Les compétences développées dans la parfumerie (branding de longue durée, sélectivité de distribution, gestion de la désirabilité) sont exportables vers d’autres catégories du luxe.
C’est une bonne nouvelle pour les talents formés dans la parfumerie : leur parcours les prépare à des responsabilités qui dépassent leur segment d’origine.
