Le marché de la maison connectée souffre d’un problème qu’aucun des grands acteurs n’a encore résolu : l’adoption active. On peut vendre des thermostats, des ampoules, des enceintes, des téléviseurs, des réfrigérateurs connectés. Le défi est que la plupart des utilisateurs qui achètent ces produits n’utilisent qu’une fraction de leurs fonctionnalités connectées.
Samsung, avec SmartThings, a une des positions les plus larges du marché. La question est de savoir si cette largeur se traduit en valeur réelle.
L’ambition SmartThings
SmartThings est la plateforme domotique de Samsung. Elle permet de connecter et de piloter depuis une seule interface des appareils Samsung (TV, électroménager, téléphones, tablettes) et des appareils de tiers compatibles.
L’ambition est claire : devenir le hub central de l’expérience maison. Pas uniquement les produits Samsung, mais toute la maison intelligente — d’où l’intégration avec Matter (le standard d’interopérabilité maison connectée adopté par Google, Apple, Amazon et Samsung).
En rejoignant Matter, Samsung a fait un pari stratégique : l’écosystème ouvert. Accepter que des produits Apple ou Google soient contrôlés via SmartThings — en échange de la position centrale dans l’interface de contrôle.
La friction de l’adoption
Le problème que SmartThings partage avec tous les autres systèmes domotiques : la configuration initiale est encore trop complexe pour l’utilisateur moyen. Connecter une ampoule devrait prendre trente secondes. Elle prend souvent dix minutes entre le téléchargement de l’app, la création du compte, le maillage réseau et les permissions.
Cette friction est le tueur silencieux de l’adoption de la maison connectée. Le consommateur achète, tente, abandonne, et se retrouve avec des objets connectés qu’il utilise comme des objets non connectés.
L’avantage intégration électroménager
Là où Samsung a un avantage structurel sur Google (Nest) ou Amazon (Alexa) : l’intégration avec l’électroménager. Un réfrigérateur Family Hub qui peut afficher les notes, passer des appels, afficher les caméras — pas un gadget, mais un point d’entrée dans le SmartThings hub depuis un appareil que la famille utilisera de toute façon.
L’électroménager est un Trojan horse pour l’écosystème. Et c’est un terrain que Google et Apple n’ont pas.
Ce que ça dit de l’avenir de la maison
La maison connectée n’est pas un produit que l’on achète. C’est un service que l’on construit progressivement — par ajouts successifs d’appareils, par des routines qui se forment avec le temps.
Les gagnants seront ceux qui rendent cette construction progressive la moins douloureuse possible. Samsung, avec la taille de son catalogue et la présence dans toutes les pièces (télévision, cuisine, chambre), a une chance réelle de tenir cette position.
À condition que SmartThings continue de s’améliorer là où ça compte : la simplicité d’utilisation, pas les fonctionnalités annoncées.
