La décennie de la “streaming war” — où Netflix, Disney, Amazon, Apple, Paramount, Warner ont tous lancé des services en concurrence directe — touche à sa fin. La phase qui suit est différente, plus froide, plus rationnelle.
Les règles du jeu ont changé.
Ce que la première phase a coûté
Les plateformes ont collectivement dépensé des dizaines de milliards de dollars par an en production de contenu entre 2018 et 2024. Netflix seul a atteint des budgets contenu de 15 à 17 milliards de dollars annuels. Disney a dépensé des dizaines de milliards en transitions Marvel, Star Wars, et contenu original Disney+.
Le résultat côté marché : une surproduction de contenu que les abonnés n’ont pas le temps de regarder, et des pertes significatives pour la plupart des acteurs non-Netflix.
Le réveil : Disney+ est passé par des années de pertes massives avant de viser la rentabilité. Paramount+ a fusionné avec SkyShowtime en Europe. Warner Discovery a annulé des projets déjà terminés pour des raisons fiscales — une décision sans précédent qui a choché l’industrie.
Netflix : la position défensive du leader
Netflix a réussi quelque chose que peu prédisaient : se maintenir au sommet malgré la concurrence. Les raisons sont multiples. Une avance significative dans les données (Netflix sait ce que ses 270+ millions d’abonnés regardent, avec une granularité que ses concurrents n’ont pas). Un catalogue plus diversifié géographiquement. Et des revenus publicitaires qui commencent à compenser les abonnements moins chers.
La publicité est le nouveau front. Netflix a introduit un tier avec pub en 2022 — une décision qu’il avait repoussée pendant des années. En 2026, cette tier attire une fraction croissante des nouveaux abonnés dans des marchés sensibles aux prix.
Apple TV+ : la stratégie de la qualité sur la quantité
Apple TV+ a fait un choix diamétralement opposé à Netflix : peu de contenu, mais très sélectionné. Severance, Ted Lasso, The Morning Show, Slow Horses — des productions qui ont remporté des prix et une reconnaissance critique.
Le modèle économique est différent : Apple TV+ n’a pas besoin de rentabiliser le service de contenu séparément. C’est un argument pour vendre des abonnements Apple One (bundle services), qui retient l’abonné dans l’écosystème Apple. Le contenu est un coût d’acquisition client pour d’autres services.
Cette logique est possible uniquement pour une entreprise ayant l’échelle et les marges d’Apple.
Ce qui se dessine pour la suite
Le marché se stabilise autour de quelques survivants avec des positions différenciées. Netflix comme standard neutre. Disney+ pour les familles et les IP premium (Marvel, Star Wars, Pixar). Amazon Prime Video comme service bundlé à Prime. Apple TV+ comme complément premium.
Ce qui disparaît : les services à mi-chemin qui n’ont ni la profondeur de catalogue, ni les IP différenciantes, ni les ressources pour tenir le rythme.
La question restante : combien d’abonnements par foyer le consommateur est-il prêt à maintenir ? L’enquête annuelle suggère un plafond entre 2 et 4, selon les marchés. Au-delà, la fatigue et le churn s’installent.
